Aller au contenu principal

L'enseignement de l'anatomie à Grenoble

traite_anatomie_andre_vesale_250.jpgL’anatomie de la Renaissance, avec Vésale (1514-1564) et ses images enfin fidèles au réel, s’adressait d’abord au savoir des artistes. Mais c’est aussi par le dessin confié à ces artistes puis à l’imprimerie que l’anatomie a connu sa première vraie dimension pédagogique. Comme nul autre moyen, le dessin et l’image impriment la mémoire, ils apportent la connaissance, ils témoignent aussi d’une histoire. Les traces d’un premier savoir anatomique ne nous sont-elles pas transmises sur les murs de la grotte de Lascaux avec le dessin d’une anse intestinale sortie de l’abdomen de l’auroch blessé ? De tout temps, dessin et image seront les outils premiers de la pédagogie anatomique.

farebeuf_h800.jpgDepuis Farabeuf, anatomiste et chirurgien parisien du XIXe siècle (1841-1910), l’enseignement de l’anatomie s’est imposé par la pratique de la dissection enfin libérée des interdits ou de la clandestinité mais aussi par la "leçon", illustrée de dessins au tableau. Tous les professeurs d’anatomie de Grenoble, jusqu’à aujourd’hui encore, ont  passé leur concours d’agrégation avec les épreuves de la dissection et de la leçon ainsi illustrée à la craie au tableau.

Les principes de cette pédagogie se sont naturellement épanouis avec les talents artistiques de nos maîtres. Qui ne connait en effet celui de peintre régionaliste du professeur Yves Bouchet? Mais qui savait le passé du professeur Roger Sarrazin comme enseignant pendant 6 ans à l’école des Arts déco de Grenoble ou encore la passion pour l’aquarelle du professeur Jean Champetier. Dès les premières années de la faculté, leurs incroyables paysages anatomiques montés au tableau en temps réel, ont assuré le prestige de cet enseignement. Fasciné par la beauté du dessin, l’étudiant était captivé par le cours, celui d’une anatomie clinique, non plus une science fondamentale poussée loin sur les détails, mais une anatomie utile, délibérément tournée vers la pratique médicale, chirurgicale ou de l’imagerie. Comment ne pas reconnaitre ici la fécondité encore, de la bi-appartenance de ces "hospitalo-universitaires" à la fois chirurgiens à l’hôpital et anatomistes enseignants-chercheurs à la faculté ?

vascularisation_glande_thyroidienne_250.jpgDe tout temps la faculté de Grenoble a porté une attention soutenue à la pédagogie. Dans ce sillage, l’anatomie aussi a toujours recherché une meilleure efficacité, comme celle, utilisée en 2ème année, d’un enseignement "intégré". Les disciplines du système nerveux et avec elles l’anatomie, n’ont plus été dispersées en toute autonomie, enseignées chacune à l’étudiant en ignorant presque tout de la logique pédagogique de ses voisines. Le principe de disciplines regroupées dans une logique de thèmes topographiques et fonctionnels est maintenant devenu irréversible.

Parallèlement s’est confirmé l’intérêt des enseignements interactifs par petits groupes comme pour l’apprentissage du raisonnement dans l’enquête clinique par la méthode de l’APP (apprentissage par problème) particulièrement adaptée à la démarche anatomo-clinique dans les affections du système nerveux.

dvd_premiere_annee_medecine_h800.jpgAvec la faculté, l’anatomie s’est encore imposée une autre mutation rendue possible grâce au numérique. Pour répondre à une pédagogie de masse en première année, le choix a été fait de l’enregistrement vocal du cours, illustré de diapositives de textes et d’images sur un DVD fourni à l’étudiant. Se libère alors le temps possible pour une pédagogie de proximité par groupes plus réduits dans des séances d’enseignement interactif (SEPI) où le tracé du schéma anatomique peut retrouver encore son rôle didactique.

Ce fut rapidement le succès de l’enseignement "inversé", auprès des étudiants et des enseignants.

vue_inferieure_hypothalamus_250.jpgCette méthode d’enseignement à partir d’une base de données numérique s’étend rapidement aux années du deuxième cycle sur le modèle de l’enseignement intégré en deuxième année regroupant les différentes disciplines autour d’une même thématique anatomique, fonctionnelle et sémiologique. Dans ce cadre pédagogique et docimologique, l’anatomie pourra aussi retrouver sa place à la fin des études médicales, dans les Epreuves classantes nationales.

Autre volet indispensable de notre pédagogie, la dissection sur sujet anatomique, unique moyen de la confrontation au réel, a toujours été privilégiée au laboratoire. Les dernières années ont vu les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité se transformer dans une rénovation complète de ses installations. Ces qualités techniques et l’ambiance para chirurgicale des travaux pratiques participent aussi à une meilleure sérénité de ces premiers contacts souvent émotionnels de l’étudiant avec la mort.

Publié le 1 décembre 2021

Mis à jour le 7 décembre 2023