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Les contributions de l'école d'anatomie de Grenoble au développement de la médecine

La période historique de l’anatomie grenobloise s’est attachée essentiellement à une anatomie d’organe et de topographie. Les autopsies possibles alors en grand nombre, permettaient l’étude d’importantes séries de "pièces fraiches et anatomiquement complètes".

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Injection-corrosion d'un rein

L’opportunité avait été saisie aussi de techniques anatomiques performantes, certaines originales, mises au point et exploitées autant pour la recherche que pour l’enseignement : La technique d’injection-corrosion avec des résines plastiques colorées, injectées dans les pédicules et arbres vasculaires en restituaient les moulages obtenus après corrosion dans un bain d’acide. Ces structures décrites ou précisées dans leur anatomie sur plusieurs viscères comme le pancréas, le rein, le foie ou le poumon ont permis d’asseoir des connaissances définitives qui ont rapidement contribué à la notoriété de cette jeune école. Confrontées avec le développement parallèle des angiographies in vivo, ces données contribuaient aussi à une meilleure connaissance des pédicules vasculaires et de la vascularisation sectorielle des viscères ouvrant la porte parfois à une chirurgie elle-même sectorielle ou à celle plus tard des techniques de transplantations d’organes pour le rein, le foie ou encore le poumon.

inclusion_pieces_anatomiques_resine_730.jpgL’inclusion de pièces anatomiques dans des blocs de résines transparentes était une technique novatrice à cette époque et permettait de conserver, sans limite, des pièces de démonstration pédagogique. La réalisation de coupes sur sujets en congélation, éventuellement incluses aussi dans ces résines, apprenait à réfléchir en trois dimensions sur la forme et la topographie anatomique. On sait maintenant la place à l’hôpital de l’imagerie en coupes, le scanner 10 ans après et 20 ans pour l’IRM.

Le travail du professeur Sarrazin sur de telles coupes avait abouti aussi en 1964 à la publication de l’ouvrage ‘’Quatorze coupes du médiastin’’. Au travers de cette approche topographique, il a décrit de façon encore novatrice des ensembles fibreux organisant de la région cervicale au médiastin, un emboîtement concentrique de gaines autour des organes. Les approches de la chirurgie cervicale, pour la thyroïde, le pharynx, la trachée ou l’œsophage comme celle du rachis cervical par abord antérieur en ont été transformées, utilisées dans plusieurs spécialités pour une chirurgie méticuleuse, respectueuse des tissus, toujours moins invasive. Ce même concept lui a permis aussi de développer la médiastinoscopie, technique utilisant ces espaces anatomiques pour "descendre" dans le médiastin de manière là encore peu invasive pour y vérifier l’invasion néoplasique d’un nœud lymphatique en le prélevant.
14_coupes_mediastin_h179.jpg   14_coupes_mediastin_planche_250.jpg

musee_ladaf_h200.jpgC’est le même intérêt clinique, chirurgical ou pronostique, porté à la propagation ganglionnaire du cancer qui a fait diriger de nombreux travaux encore sur les voies de drainages lymphatiques du poumon ou de l‘estomac.

Anatomie d’organe pour une chirurgie d’organe, anatomie d’ensembles tissulaires péri-viscéraux pour des gestes moins invasifs, anatomie de système avec les circulations lymphatiques pour une chirurgie plus efficace du cancer, la connaissance anatomique fondamentale en a été enrichie et les pratiques chirurgicales sécurisées. Nombreux sont les élèves de Grenoble qui, devenus chirurgiens, ont pu avec de telles données, transformer et embellir des gestes de leur spécialité.

Nombre de ces pièces d’études anatomiques exposées dans le musée intégré du laboratoire révèlent les choix visionnaires de ces premiers maîtres grenoblois.

Publié le 1 décembre 2021

Mis à jour le 7 décembre 2023